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"HYPER FOCUS" et OLYMPUS Stylus TG-4

Daniel Drouard

Vous avez probablement tous entendu parler de la technique hyper focus ou focus stacking (to stack en anglais = empiler). En gros, elle consiste à prendre une série de vues numériques dont la mise au point est décalée. Ces vues sont ensuite fondues en une seule image, à l’aide d’un logiciel spécial. Cette technique est destinée à obtenir une grande profondeur de champ d’un sujet, lorsque l’utilisation d’une petite ouverture de diaphragme s’avère insuffisante. Voyez le livre Hyper Nature de Philippe Martin (Ed. Biotope, 2011).

En photographie argentique, il était déjà possible d’obtenir un effet semblable en « additionnant » des négatifs noir et blanc réalisés sur un même sujet en photomacrographie ou en photomicrographie. On réalisait plusieurs vues en noir et blanc à différentes mises au point, et l’on superposait les négatifs obtenus dans le passe-vue de l’agrandisseur. Il fallait un alignement précis des négatifs qui devaient être assez transparents pour qu’on n’ait pas à poser trop longtemps pour le tirage. On était donc limité à deux ou trois vues différentes. J’ai utilisé cette technique autrefois, à titre expérimental, dans le cadre de mon travail. Je pouvais ainsi obtenir des images de grains de pollen avec presque tous les détails nets sur leurs surfaces sphériques : je faisais, au moins, une vue mise au point sur le pourtour du grain, et une autre sur le premier plan de la surface visible.

Avec la photographie numérique, ce devrait être plus facile à réaliser si l’on maîtrise l’informatique. Par exemple, en photomacro, l’appareil peut être installé sur un banc de mise au point et déplacé à chaque prise de vue, afin de couvrir la profondeur du sujet. Reste ensuite à fabriquer une image qui résulte de la fusion des différents fichiers obtenus. Actuellement, les constructeurs d’appareils photo proposent différentes solutions, plus ou moins complexes, et plus ou moins coûteuses. On peut même trouver que c’est encore assez confus ! Je ne me lancerai donc pas dans des descriptions, d’autant que je n’ai pas d’expérience dans ce domaine.

Je vais seulement consacrer quelques lignes à un appareil qui semble avoir les faveurs de certains naturalistes et que mon épouse a acquis récemment : le Stylus TG-4 d’Olympus. Cet appareil est plutôt connu comme « baroudeur » car il est étanche à la poussière et à l’eau. Il est aussi renommé pour la « macro », puisqu’il permet de s’approcher à 1 cm du sujet ! Mais peu savent (même parmi les vendeurs !) qu’il a une fonction focus stacking, assez facile à utiliser, car il dispose d’un logiciel incorporé qui effectue presque instantanément la fusion des images.

Lorsqu’on règle l’appareil sur la fonction spécifique (en mode microscope), il effectue une série d’images dont la mise au point est décalée. Environ huit secondes après, l’image fusionnée apparaît sur l’écran ! Comble du raffinement, cette image est accompagnée d’une image ordinaire, telle qu’elle serait si on n’utilisait pas le focus stacking. On a donc deux fichiers : l’image de la mise au point simple sur le sujet, et l’image en focus stacking. C’est préférable, car on ne réussit pas à tous les coups !

Et il y a évidemment quelques limites…

L’appareil ne peut pas être utilisé manuellement (mise au point et mesure de lumière).

L’arrière-plan doit être collé au sujet : on ne peut généralement pas utiliser cette technique pour un sujet se détachant sur un fond éloigné car l’appareil le prend en compte, il ne sait pas de quoi il s’agit. Pour les mêmes raisons, il ne faut pas photographier un insecte sur une vitre, par exemple.

Cet appareil est bien adapté à la photographie des détails, sur des lichens par exemple, et il est aussi très performant pour de petits animaux ou végétaux.

Le dispositif ne fonctionne que sur de très petits objets (mode microscope).

Le sujet doit être immobile, sinon certaines parties (comme des antennes ou des pattes d’insectes) risquent de disparaître ou d’être en surnombre (insectes à 3 antennes ou à 7 pattes !).

Il est recommandé d’être stable pour la prise de vue. L’utilisation d’un trépied ou d’un monopode est conseillée. Toutefois, l’expérience montre qu’il est possible de travailler à main levée. Apparemment, le logiciel de fusion incorporé réaligne les images, s’il n’y a pas trop d’écart d’une vue à l’autre.

Olympus propose un dispositif d’éclairage (accessoire non fourni à l’achat de l’appareil) qui se fixe devant l’objectif. C’est un éclairage continu, annulaire, à diodes. Cet accessoire est quasiment indispensable en photomacro, car le sujet est très mal éclairé par la lumière ambiante, l’objectif étant très près du sujet.

Si le sujet comporte une surface brillante importante, des réflexions de la source lumineuse risquent d’apparaître.

Il faut aussi savoir que pour fixer cet éclairage, il est nécessaire de retirer la bague qui assure l’étanchéité de l’appareil au niveau de l’objectif. L’appareil n’est donc plus étanche.

Quelques caractéristiques de l’appareil

Capteur 1 / 2,3’’ de 16 Mp. Objectif de 4,5 à 18 mm de focale (équivalent de 25 – 100 mm en 24x36). Distances de mise au point : de 0,10 m à l’infini en mode normal, de 0,01 à 0,30 m (focale de 5,5 à 18 mm) en mode microscope. Grandissement maximal sur l’écran : G=2, jusqu’à G=7 avec zoom électronique (L’appareil peut remplacer une loupe !). Enregistrement en jpeg et raw. Étanche 15 m. GPS. Vidéo. WIFI…

Comme toujours sur les appareils numériques, il existe une multitude de fonctions dont on se passerait aisément, et qui compliquent la première utilisation. A croire que les acheteurs font le concours du plus grand nombre de gadgets.

La notice est à imprimer soi-même : il n’y a pas de petites économies sous le prétexte d’écologie !

Cet OLYMPUS Stylus TG-4 entre dans la catégorie des appareils « compacts » et peut donc être placé dans une simple poche de chemise. Il est vendu autour de 380 euros.

Pour conclure

Bien sûr, c’est un appareil avec lequel on peut aussi aborder d’autres domaines en photographie de nature. Mais sa spécificité l’oriente plutôt vers la photomacrographie ou la photographie rapprochée, avec une qualité d’image très honnête. L’effet du focus stacking n’est peut-être pas aussi important qu’avec certains autres procédés, mais la profondeur de champ est réellement augmentée. Le résultat est appréciable si l’on reste dans ses limites d’utilisation.

Pour l’avenir, nous pouvons aussi supposer que la tendance actuelle, qui consiste à repousser la création de l’image au moment du traitement, va s’accentuer. Il existe déjà le procédé « plénoptique » : les choix de la mise au point et de la profondeur de champ se font après la prise de vue, lors du « développement » de l’image, sur l’écran de l’appareil, ou sur l’ordinateur ensuite. Pour l’instant, cela peut ressembler à un gadget, car la qualité n’est pas encore suffisante. Mais on n’a pas fini d’être étonnés !

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